Zoom sur le processus créatif de Rouge

Peux-tu nous rappeler qui tu es ainsi que ta pratique artistique ? 

Je m’appelle Rouge, Rouge Hartley, enfin, c’est le nom que je me suis choisie lorsque j’ai commencé à travailler aussi dans la rue et qu’il m’a fallu un alias pour signer mon travail. Je travaille la peinture, le dessin et parfois l’installation, avec une pratique résolument figurative et narrative. 

Quel est ton parcours, comment as-tu commencé à créer ? 

J’ai un goût de la peinture et du dessin depuis l’enfance ; je suis passée par des études d’art en Université (Strasbourg) et à l’Ecole des Beaux Arts (Bordeaux), où j’ai développé des recherches de performance, vidéo et installation. J’y ai appris à construire une démarche et à densifier ma pratique, mais n’y trouvais pas la place de fabriquer des images.

La rue est devenue ma cours de récréation pendant mes études, son espace m’offrait la possibilité d’associer mon amour de la promenade urbaine, du dessin et d’une soif militante et contextuelle.  

Au quotidien dans ton travail d’artiste, qu’est-ce qui t’inspire ? Quel est l’élément déclencheur pour la création d’une œuvre ? 

Franchement, tout. Je ne m’en rends généralement pas compte tout de suite. J’écoute des podcasts à longueur de journée, je note sur un mur de mon atelier tout ce qui m’attrape l’oreille. J’essaie aussi de lire beaucoup, de regarder l’actualité, d’écouter mes amis et mes voisins, de marcher le plus possible et je passe un temps fou à guetter ce que produisent les artistes partout dans le monde. 

J’ai un espace intérieur où des fragments plus ou moins digérés de littérature, de cinéma, de sociologie, de philo, de musique ou de peinture peuvent cohabiter sur un pied d’égalité avec une anecdote croisée par hasard, la remarque d’un passant ou la vue de ma panière à linge débordante. Ils sont tous susceptibles d’apporter un éclairage soudain sur une intuition. 

Peux-tu nous expliquer la manière dont tu construis une œuvre ? Quelles sont les différentes étapes de création ? 

Je décide de déclencher la production d’une œuvre lorsqu’une intuition d’image croise autre chose, comme un poème, une problématique ou un contexte, et gagne ainsi suffisamment en densité pour être tentée.
Je fais alors un croquis rapide pour placer la composition dans l’espace du mur ou de la toile ; je sollicite des modèles pour une séance photo, que je retouche dans un processus de photomontage proche du collage pendant lequel j’essaie de perturber légèrement les échelles ou les lumières pour introduire une étrangeté, une vibration distraite et je travaille mon cadrage pour tenter d’apporter une tension narrative.
Je fais alors une étude rapide de petite taille, souvent sur bois, pour définir ma palette, décider des zones de netteté et de celles qui chercheront une forme d’abstraction, surtout évaluer si oui ou non je prendrai plaisir à peindre cette image pendant plusieurs jours, si oui ou non elle se prête à une, si possible plusieurs histoires.
Puis, je peins, à l’huile sur toile ou à l’acrylique sur mur, en partant parfois d’un fond très gestuel, en tentant de n’esquisser qu’à la peinture (sur une mise au carreau), assez brutalement, pour monter petit à petit en netteté et en matière avec en tête le désir d’une générosité plastique (textures, couleurs, réserves…) avant tout.